D’un polar de cent pages, rédigé en vingt minutes pour 39 centimes, c’est ainsi, selon le dossier déposé au tribunal, ce que Gemini pourrait produire. À peine le prix d’une baguette pas fraîche et un texte ressemblant trait pour trait à un roman existant. Le modèle d’IA de dernière génération de Google est accusé par les éditeurs, auteurs et autres parties plaignantes de s’être nourri de centaines de millions de livres protégés sans autorisation ni compensation.
Le dossier judiciaire est clair : Gemini serait capable de recracher, de façon presque identique, des passages entiers d’ouvrages, dont certains n’ont été rendus possibles qu’en exploitant des bibliothèques non autorisées ou des données piratées. Les plaignants affirment que cette méthodologie ne relève plus de l’innovation, mais d’un viol systémique du droit d’auteur.
Google Books détourné de sa fonction initiale
Les éditeurs rappellent que Google avait reçu des fichiers numériques de livres via Google Books, Google Play Books et Google Scholar, mais ces ressources étaient censées être utilisées pour indexer, classer et partager partiellement les œuvres, pas pour entraîner un modèle d’intelligence artificielle. Le tribunal est sommé par les plaignants d’identifier un détournement massif de ces accords. S.C.R.I.B.E., un service qui produit des livres numériques, a rejoint la procédure, soulignant le manque de transparence dans les accords signés par Google.
Piratage, bibliothèques non autorisées et accès enfreints
Les plaignants accusent Google d’avoir utilisé des bibliothèques piratées telles que Z-Library, OceanofPDF et WeLib, des plateformes connues pour diffuser des livres protégés sans autorisation. Selon le dossier, Google aurait aussi collecté des données extraites d’un grand nombre de sites web, y compris en contournant les murs des abonnements payants.
Google aurait pu contracter des accords légaux avec les éditeurs pour obtenir légalement des livres, mais selon les témoignages internes, le géant technologique a choisi d’entraîner Gemini sans obtenir ces consentements légaux. Des documents internes évoquent un risque juridique élevé, avec des amendes potentielles estimées entre 10 et 100 milliards de dollars.
Gemini encourage des comportements illégaux selon les plaignants
Les éditeurs affirment que Gemini serait capable d’imiter avec une précision inquiétante les styles d'écrivains renommés. Il pourrait également recracher des passages complets de livres universitaires, ou générer des récits extrêmement proches des œuvres existantes. Le chatbot, selon la plainte, ne se contente pas de cela : il est allé jusqu’à féliciter l'utilisateur pour l’entrée de livres protégés sans autorisation et suggérer d’autres façons de tourner les contraintes de propriété intellectuelle.
Les plaignants demandent une action collective, permettant à tous les auteurs, éditeurs ou autres parties touchées par cette exploitation illégale d’y participer. Ce type de procédure pourrait transformer l’affaire en un cas jurisprudentiel très symbolique.
Une montée exponentielle des procédures similaires
Cette affaire vient s’ajouter à une longue liste de procédures similaires. Les mêmes éditeurs et auteurs ont fait le même déplacement contre Meta en mai 2025. En septembre 2025 Anthropic avait conclu un règlement de type similaire en payant 1,5 milliard de dollars au civil pour clore un contentieux historique.
Un juge avait, dans cette procédure, estimé qu'il n'était pas en soi illégal d’entraîner un modèle d’IA sur des œuvres protégées, mais l’usage massif sans autorisation peut constituer une violation.
Ainsi, l’affaire contre Google ne se présente pas simplement comme un conflit isolé. Elle reflète un tournant dans la manière dont les acteurs du marché de la littérature tentent de se faire respecter face aux géants de l’intelligence artificielle.